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 La peur chez le cheval

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Joey
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Date d'inscription : 19/04/2009
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MessageSujet: La peur chez le cheval   Lun 20 Avr - 22:40

Pour des raisons de simplification, je nommerais partenaire toute personne évoluant avec l'animal, qu'il soit en situation de cavalier, de meneur au sol, en train de panser le cheval ou autre.

La peur est l'expression du l'instinct de sauvegarde chez le cheval. C'est la première réponse qu'il donne face à tout ce qu'il ne peut identifier ou à ce qu'il reconnaît comme une menace.
Je ne parle pas ici d'un simulacre mais d'une peur réelle, à charge pour l'homme à terre ou en selle de savoir identifier avec conviction la nature profonde de la réaction de son cheval, l'erreur d'interprétation entraînant de mauvaises décisions !
Le cheval ne peut être considéré comme coupable d'avoir peur. sa réaction n'est pas la preuve de son manque d'intelligence. Bien au contraire, il est d'une logique irréprochable par rapport à son espèce. Le punir l'incite donc à être encore plus virulent dans ses manifestations de peur à venir, car à celle ci s'ajoute alors la crainte de la punition.
La peur génère le stress, la tension, le repli sur soi. Le cheval travaille alors pour lui, dans son intérêt pour se protéger, pour se mettre en sécurité. Il se dissocie de son partenaire obligatoirement. Seul, tout le travail de mise en confiance et d'apprivoisement préalablement effectué au quotidien permet à l'homme partenaire de rester en contact avec l'animal pendant une situation de stress. C'est sur la base de la qualité de la relation de confiance qui lie l'homme au cheval, que l'homme partenaire garde le cheval en contact, le ramène au calme et l'aide à vaincre ses peurs.
Je pars donc du principe que ce lien existe en ce qui vous concerne. Sinon, il vaut faudra le créer comme préalable.
Comme toujours c'est l'attitude du partenaire qui influence le cheval. Il nous faut donc apprendre à afficher un comportement stoïque face au cheval quelle que soit notre pensée intime. Nos propres doutes, peurs, tensions, colères ne doivent jamais transparaître. Ils sont autant de signaux d'alarme pour le cheval. La simple crispation de notre corps, à pied comme en selle, est perceptible. Le maître mot est donc : zen !
Il faut accepter le mouvement de retrait du cheval. C'est à dire qu'il faut le laisser réagir sans le contrer pour qu'il enclenche mentalement le processus de mise en sécurité. Il faut accepter qu'il reste à l'arrêt après avoir pilé, accepter qu'il contourne ce qui l'intrigue, accepter qu'il fasse un écart, accepter qu'il sursaute, qu'il redresse haut la tête ou au contraire aille renifler le sol, accepter qu'il "s'échappe" sur quelque mètres. Il ne faut pas instantanément empêcher tout ses mouvements mais les accompagner.
Je pense par exemple au cheval en longe qui réagit violemment à un bruit en démarrant comme un diable ! Le reflex idéal est de suivre le cheval sur ses premières foulées pour éviter au maximum qu'il ne rencontre la tension de la longe. Cette tension de la longe rend impossible la fuite. C'est un stress supplémentaire qui peut très rapidement dégénérer en panique à défaut d'entretenir un fort sentiment d'insécurité. Il ne s'agit pas non plus de courir sur 300 mètres pour que le cheval ne se sente pas prisonnier, mais simplement de laisser les quelques mètres de fuite nécessaire à l'évacuation immédiate d'une énergie salvatrice, comme avec une soupape de sécurité !
Très souvent un cheval qui a peur ne fait en réalité qu'un écart, ou prend quelques mètres de distance pour ensuite faire volte face. Les chevaux cherchent bien souvent à identifier la source de leur peur. Cela leur permet de localiser le danger et de préparer des solutions de fuites. C'est dans cette phase d'observation qui le partenaire reprend contact. Il faut toujours être calme et stoïque, prononcer des paroles familières sur un ton apaisant. Eviter à ce moment toute intonation interrogative ou encourageante. La mémorisation de nos tonalités de langage donne des indications au cheval sur notre état d'esprit. Après avoir reprit ce contact, le partenaire peut progressivement réorienter le cheval dans une activité commune.
Si la peur est provoquée par quelque chose de furtif (un bruit, l'arrivée de quelqu'un, un objet qui tombe, le passage d'un animal, d'un véhicule, etc….), le partenaire doit apaiser le cheval puis rassembler son attention vers l'activité initiale. Pour cela, et après avoir "accompagner" le début du mouvement de fuite, il faut parler au cheval, le toucher (éviter de le caresser car il ne faut pas récompenser et encourager la situation mais plutôt la désamorcer). Le partenaire rappelle ainsi sa présence au cheval. Dès lors ce contact établi, le partenaire limite ensuite les nouveaux mouvements de fuite, c'est à dire qu'il ne suit plus le cheval sans se manifester. Il faut utiliser l'envie de bouger du cheval dans notre intérêt. C'est une sorte de compromis ! Toujours dans l'exemple de la longe, il faut remettre en avant le cheval et le solliciter dans des exercices habituels, tolérer pendant quelques tours son éventuelle fébrilité, un peu d'inattention à laquelle le longeur répond par une demande (une transition, une ligne ou autre). Puis, au fur et à mesure des tours, le longeur exige un travail habituel.
Plus que jamais chaque réponse, même partielle ou hésitante, doit être félicitée. C'est dans ce processus que le cheval retrouve des repères agréables : il écoute son partenaire et y trouve une satisfaction. Avide de sérénité le cheval privilégie ce qui lui est familier et agréable. Dans le cas de ce type de peur "furtive", l'absence de la persistance de la source de peur associée à l'activité familière mise en œuvre par le partenaire conforte le cheval dans l'idée de la disparition du danger.
Dans le cas d'une source de peur continue, comme le passage dans un endroit précis, la proximité d'un objet "effrayant" à ses yeux, la persistance d'un bruit, d'un objet en mouvement, etc… L'objectif est à la fois d'aider le cheval à abaisser son stress, de rétablir le dialogue et éventuellement de lui faire comprendre qu'il peut accepter la situation sans crainte par approche et/ou contact avec la source de peur.
Comme précédemment, il faut accepter l'esquisse de son mouvement de fuite, intervenir dans la courte phase d'évaluation pour reprendre contact. Il faut proposer au cheval une situation intermédiaire : c'est à dire tolérable pour lui car un peu en retrait de la source de peur, mais une situation limitée car le partenaire doit maintenir le cheval dans la phase d'observation en lui empêchant le recul à tout prix. Le partenaire félicite le cheval à l'arrêt. Les tentatives de recul doivent être interdites Le partenaire utilise ce mouvement pour amener le cheval à se déplacer latéralement ou l'encourage à demeurer arrêter. Il faut accepter avec patience une immobilité prolongée du cheval, lui parler et le caresser pour le rassurer, l'encourager sans lui demander d'avancer. La première "victoire" dans l'apprentissage est d'obtenir un cheval arrêté et un peu apaisé. Dans le cas d'un cheval monté, les rênes doivent être longues mais les mains prête à agir ! Il faut proposer constamment au cheval cette liberté de mouvement de l'encolure pour qu'il puisse sentir, regarder autour de lui sans contrainte, bouger la tête comme bon lui semble. Les jambes encadrent fermement et souplement le corps du cheval sans le solliciter. En cas de tentative de recul ou de demi-tour, les mains reprennent contact immédiatement avec le cheval sans jamais tirer, et empêche le cheval de tourner et les jambes agissent pour fermer toute issu vers l'arrière. Chaque aide agit l'une après l'autre sans entrer en contradiction. Ainsi, les deux mains ne peuvent agir ensemble. Seule la main opposée à la direction que veut prendre le cheval résiste et les jambes se referment uniquement dans la mesure où le cheval veut reculer. Dès que le cheval est dans l'axe, les mains rendent les rênes. Dès que le cheval cesse de vouloir reculer, les jambes cessent d'agir, cèdent, tout arrêt étant toujours chaleureusement récompensé.
Lorsque le partenaire constate un apaisement, même léger, du cheval, il commence par le caresser puis demande avec une infinie douceur un pas, un seul et unique pas en avant. Les rênes sont longues, sans aucun contact. Lla demande est d'abord orale. Puis les jambes pressent gentiment les flancs du cheval avec caresse de la main au garrot et encouragement vocaux. Un signe de recul est ponctué d'un "non" et du détournement du mouvement comme précédemment expliqué. Tout esquisse de mouvement en avant est récompensé, même s'il s'agit simplement d'un report du poids du cheval de son arrière main vers son avant main, même si le pas est de biais et de 2 cm !, Le partenaire félicite, caresse, encourage. Il faut savoir se satisfaire du pas à pas pendant un moment, ponctué d'arrêt plus ou moins long pendant lesquels il faut nourrir l'apaisement du cheval par son propre calme, sa décontraction, des caresses, des gratouilles au garrot, des mots doux ! Un cheval qui a accordé un pas en avant manifeste ainsi ouvertement sa confiance : il accepte d'approcher quelque chose qui lui fait peur parce que vous avez su le convaincre de le faire sans le forcer, uniquement en lui interdisant le recul.
En main, le meneur se doit d'aller en avant vers la source, de la toucher s'il le peut, montrant au cheval qu'il ne se passe rien de plus. Dans le cas d'un objet, il faut proposer au cheval de le sentir. Le meneur ne doit pas tirer le cheval, mais aller de lui à "l'objet" l'encourageant de la voix, caressant, incitant par de très légères tensions discontinues sur la longe aussitôt suivi par sa détente. Bien souvent les chevaux sont rassurés de voir le partenaire aller "en éclaireur". Cela leur permet souvent de faire un premier pas. Cependant, il n'est pas pédagogique pour le cheval monté que son cavalier mette pied à terre pour apprendre à apprivoiser sa peur parce que dialogue est différent en selle. L'apprentissage en selle est nécessaire, indispensable, à la cohérence du couple.
Il est important de comprendre que cette confiance est fragile dans une situation de ce type. Si le partenaire pousse le cheval, exige trop et trop vite, le cheval n'a pas le temps d'analyser et de comprendre la situation environnementale et le "conflit" bascule dans un rapport de force psychologique voire physique entre lui et l'humain. Au bout du compte le cheval n'a pas appris à faire confiance. De plus, ce qu'il a identifié dans un premier temps comme étant un danger reste un danger puisqu'il n'a pas appris à l'identifier comme inoffensif.
Il est de l'intérêt du partenaire de démontrer au cheval que ce qui l'effraie est inoffensif. Il est aussi très important d'être sûr de ce que l'on demande au cheval. Car si le cheval éprouve une douleur, une peur plus intense, un inconfort au final de l'apprentissage, le partenaire est associé à la dégradation de la situation. Cela signifie que face à une autre situation, le cheval ne s'en remettra pas à la demande du partenaire. Si au contraire, le partenaire a su amener le cheval à localiser et identifier la source, à passer, à toucher sans éprouver aucun désagrément, alors, ce dernier se référera plus facilement aux indications données qu'à son instinct de fuite…
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